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le sang tu sais la viande et les corps débités les banlieues d’êtres l’inexistence tu sais tu ne sais pas tu dis ou tu dirais qu’il faut hurler mais à quoi bon il y a tant de surdité tant d’inutile et de vain mourir dis-tu ou dirais-tu il faut mourir tout cela est écrit à quoi bon autre chose choisir tu fais la queue au bout de la queue les services sociaux tu déclines les identités de la nuit les cris les vomissures tu dis tout est égal tout rien rien n’apaise le temps de la douleur ni la boîte de vitesse du camion qui traverse la boue du chantier tu dis ou tu dirais il y a des enfants couchés sous leurs couvertures à même le sol et l’hiver qui vient rien la nuit froide un sparadrap de silence collé sur nos lèvres stupides dis-tu tu dirais qui parle parlerait
 
ce que peut le rien que ce peu là des mots qui ont traversé l’ivresse et le désarroi ce que peut ce que pourrait tu fais rien avec rien qu’avec un rien de ce peu dans les jalons des rues où chaque borne mendie le reste du chemin un rien d’être tu dis une pièce pour manger s’il vous plaît tu sais bien que ça ne leur plaît pas pas grand chose une pièce il fait froid nul ne sait qu’il fait si froid que le froid tombe entre la viande et la viande des draps des aurores où le moindre geste est suspendu faire avec que tu dis qu’il faut faire avec ce froid qui saisit le lys des annonciations un enfant dis-tu ou dirais-tu un enfant est saisi par le froid sous la pente du toit un enfant tousse et crache
 
tu dis tu dirais je serre ces mots entre mes dents fragiles et le mot nuit se brise casse les racines et l’émail je ne sais ce qui casse ni la salive gelée qui vient fendre les racines les mots font des abcès dans la bouche avec le froid dis-tu ou bien tu dirais il y a la fêlure des dents quelque chose cette chose qui tremble là qui déforme la gencive des mots qui se creusent de la pauvreté de l’être la mort rembourse les phrases qui se sont cassées au milieu de la manducation je ne sais pas dis-tu ce qu’il faut clamer dans la noirceur des caries tu prends entre les doigts un reste d’ivoire tout casse avec le bois d’une allumette que tu enfonces dans le trou rougi tu dis que le sang envahit le palais avec tout le pus
 
tu craches l’hiver dans le lavabo tu dis cette fois l’hiver est bien là glaires aussi noirs que la neige après que tu as erré à la recherche d’un quignon de pain, ...
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