Tu as réfléchi ? Tu as l’air d’avoir réfléchi ?
Oui.
Oui j’ai repensé à ce type au bar tabac. À ses phrases. J’ai repensé à la question de l’employée de la mairie aussi, j’ai repensé aux intentions que j’attribue aux uns aux autres. Je me suis demandé si j’étais juste, je me suis demandé si je ressentais les choses comme il le fallait. Je me suis dit que je les ressentais, que c’était ça qui comptait. Même si j’étais dans le faux. Même si, dans leur intention, j’étais dans le faux. Ça revenait à l’histoire sur le mensonge, quand je disais que les écrivains mentaient.
Les écrivains mentent.
L’histoire ne se fait pas de la façon dont les écrivains la racontent.
Et c’est bien ou c’est mal ?
Ce n’est ni l’un ni l’autre. Ça fait du bien à l’écrivain et du mal au lecteur. Parfois c’est l’inverse. Le lecteur pense toujours que l’écrivain a conscience des réactions qu’il provoque chez lui, les critiques parlent de maîtrise de l’écriture, ils disent que l’écrivain a travaillé dans tel sens pour que le lecteur ressente ceci ou cela. Je ne crois pas que ce soit vrai. Je crois que les écrivains se surprennent au cours de leur travail. Qu’ils ne décident pas de leurs émotions. Je crois qu’ils ne décident pas davantage de l’émotion qu’ils vont provoquer chez le lecteur : parfois ils ont des intentions eux aussi, mais ça rate.