Le réel existe par imitation : il n’est pas jusqu’aux syllabes de celle qui n’a pas parlé qu’il ne propage. Il excède son existence muette. Il peut bien interpoler : quiconque s’estime en vie est tenu de croire à ses tours. Mieux, il doit en donner la preuve en en reproduisant, pour sa part, les prestiges : cela conforte la foi en les battements du cœur. Or elle peine à s’y livrer celle qu’un fauteuil rose abrite et c’est pourquoi son personnage est si peu vivant. La voix d’un être mortel dont le monde s’inspire, quand il la lui retourne (encore qu’elle ne se soit pas fait entendre), sa citation, forcément, est fautive : fragmentaire, elle pèche surtout quant à son timbre. On appelle nouveau venu celui qui est l’auteur de cette légère trahison. Aruspice d’une pensée secrète qui, dans ses méandres, sait si bien lire qu’il obsède le sensible objet de sa méprise avant que ce dernier n’en vienne à lui donner raison et à se décliner sous les espèces de ce nom qui n’est pas le sien. Cela le change en la vieille connaissance qu’il n’avait d’abord été que pour un aréopage altéré.
Colportant ce qui n’a pas été dit, il n’existe lui-même que par l’air dont son intuition anime deux syllabes et dont il se rengorge.