Aussi étrange que cela paraisse, la rue où je passai douze mois environ, dans le quartier sud-est de cette ville battue par la mer et les vents, d’abord avec un peintre d’Aix-la-Chapelle, puis seule, s’appelait rue de la Saison-de-la-Mue-des-Serpents.
Je louai une chambre chez Irinèos, un homme du pays qui tenait un tabac. Sa petite boutique se trouvait en face, au coin de la rue, sous un store criblé de trous, orné de ficus et de fougères. De longues branches de fougères et de ficus qui avaient depuis longtemps perdu couleur et éclat. Au-dessous, la boutique minuscule et sombre, pleine de cigarettes sur des rayons. Il vendait en gros et au détail.
À l’automne, l’eau traversa les murs et des dizaines de paquets furent mouillés. Irinèos alluma du feu dans sa chambre et les étala pour les faire sécher. Ils séchèrent à moitié, du moins en surface, et quand le soleil se montra quelques jours plus tard, il me demanda s’il pouvait les mettre à mieux sécher sur le balcon de ma chambre. Je lui rendis ce service, en espérant qu’il mettrait un point d’honneur à me donner enfin quelques paquets de cigarettes, au moins celles à demi moisies.
L’argent que je gagnais grâce à divers petits boulots provisoires me suffisait à peine pour lui payer mon loyer et vivoter. Les cigarettes me manquaient, je ne pouvais les acheter comme naguère, ...