Si vous partez en Ariège peut-être croiserez-vous, transhumant vers le nord, une procession cénobitique d’enfants et d’ânes à la tête de laquelle trottine José, petit homme malingre et volubile, animateur d’un pèlerinage des monastères prévu pour durer jusqu’à Mitrovica. En sa personne vous aurez entrevu le chef spirituel de l’une de ces congrégations de cadres moyens, d’anciens hippies et de fonctionnaires en quête d’infini qui peuple la région.
Mais le plus probable est que vous ne croiserez pas José qui cheminera, escortant ses enfants et ses ânes, sur quelque mauvaise route de Transylvanie. Plus vraisemblablement vous débarquerez à la gare de Saverdun avec un retard compris entre une et deux heures – un aiguillage aura cassé, ou un feu se sera déclaré ; dans un moment d’égarement, le chef de gare à bout d’imagination invoquera la tragique occurrence d’un suicide, et l’accent chantant aussi bien que la mine navrée avec lesquels sera avancée cette explication vous la feront accepter avec bonne humeur. Patientant sur le terre-plein désert face à un tilleul qui aura l’air de vous regarder, ...