Une rampe descend vers les nappes éblouissantes du fleuve. Bateaux bétonnés dans le blanc. Au bas de la falaise, une porte en fer donne accès à des souterrains, creusés sous la « ville ». À quelles fins ? Stocker des vivres, paraît-il. C’est possible. On ne comprend pas bien pourquoi avoir creusé la roche sur des centaines de mètres pour y entreposer du poisson et des carcasses de rennes que le froid ambiant permettrait de conserver en plein air, ou dans le premier hangar venu, on se dit qu’on y verrait bien des bombes et des missiles, dans ces souterrains, du temps où Khatanga était une base aérienne avancée, une sentinelle polaire des Folamour de ce bord-là… On se dit ça, mais peut-être l’ex-URSS a-t-elle tendance à rendre paranoïaque. Les voûtes scintillent de pétales de givre, le sol est couvert d’une glace cireuse comme de la bougie. Au fond d’une galerie, au milieu d’un mur de pavés de glace, une porte en bois à moulures chantournées dans le style Monsieur Meuble, autant dire un peu incongrue ici. Derrière, il y a une autre curiosité (et même la seule célébrité) de Khatanga : le mammouth Jarkov.
C’est pendant l’été 1997 qu’une famille dolgane découvre, près de la rivière Bolchaïa Balakhnya, dans la péninsule de Taïmyr, ...