Toujours, avec les livres, il y eut des cartes. D’abord, ce furent celles où était noté l’emplacement des trésors : pour elles, comme pour des femmes, on tuait, on mourait. Pirates et corsaires, gens réputés de peu de lettres, m’ouvrirent comme à tant d’autres les routes du romanesque. Puis, comme il dut arriver à pas mal de gens de ma génération, j’abordai à la « Littérature », territoire majuscule de l’esprit, par Le Rivage des Syrtes, livre dont le second chapitre s’intitule « la chambre des cartes ». Le second chapitre de la Littérature, la seconde étape de mon voyage de découverte à travers les lettres, fut donc ce lieu que Gracq dit, au sens strict, « attirant », invitant à dévier de la route comme le chant des Sirènes. Au cœur de l’inutile décombre de l’Amirauté, la chambre des cartes, son « ordre méticuleux et même maniaque », son « refus hautain de l’enlisement et de la déchéance », est ce qui demeure « obstinément prêt à servir ». L’ordre, donc, et même la servitude et la grandeur militaires. Et, au cœur de ce cœur, il y a les cartes de la mer des Syrtes, avec, au milieu, la ligne rouge marquant la « frontière que les instructions nautiques interdisaient de franchir en quelque cas que ce fût » : « passage périlleux », « interdit magique », « frontière d’alarme, plus aiguillonnante encore pour mon imagination de tout ce que son tracé comportait de curieusement abstrait ». La transgression, donc : son dessin éclatant (sa lettre écarlate). Ce qu’enferme la chambre des cartes, ...