L’abandon de la RLG n’est pas le seul signe de la difficulté rencontrée par ces divers « projets ». Tous perçoivent en effet le décalage entre leur position et les modalités énonciatives marquées qu’ils adoptent et la situation de l’écriture aujourd’hui. Si la RLG se contente de l’ignorer (selon elle « La question du style, celle de l’autorité de l’écriture et donc de la posture de l’écrivain […] cède devant des problèmes plus modestes » dont, par exemple, la « disposition non linéaire des mots »), les autres tentatives que je viens d’évoquer marquent, d’une façon ou d’une autre, leurs hésitations. De la part de Jean-Michel Maulpoix, c’est avec lucidité : « Le lyrisme d’aujourd’ hui est critique en ce qu’il exprime un état critique du sujet, interroge la capacité proprement articulatoire du langage, lie étroitement le désir à sa défaite, la postulation à l’insatisfaction, et inscrit l’interrogation au voisinage de l’exclamation. Il constitue un espace de quête, d’interpellation et de questionnement. Faute de pouvoir continuer à se définir comme puissance de célébration, il tend à devenir puissance d’examen »16. On notera que cette lucidité le conduit à inverser la définition du lyrisme comme « expansion d’une exclamation » que lui-même retenait dans ses ouvrages antérieurs et à l’associer au prosaïsme, à la précarité, à l’altérité, à la voix. Le lyrisme critique « dégrisé de la croyance, de l’utopie et du sublime » est donc un lyrisme désenchanté.
De même, les tenants de l’avant-garde continuée ne sauvent leur conviction esthétique qu’au prix d’aménagements significatifs : celui, par exemple, avancé par Christian Prigent qui écrit dans A quoi bon encore des poètes : « j’appelle ici modernité ce qui érode l’assurance des ...