II / Saint-Quentin-en-Yvelines / Paris-Montparnasse







rester plusieurs minutes à la limite extrême du quai, se pencher, regarder les graviers, remarquer la couleur plus claire à l’intérieur des rails et reconnaître en soi l’envie de descendre marcher sur la voie, marcher loin, marcher entre les deux rails, marcher longtemps, sans doute pas pour braver les deux phares qui émergent à présent du lointain et s’approchent, mais bien pour sentir sous la semelle la forme exacte de ce gravier sombre

un train passe sur le quai, elle avance vers les portes, sans comprendre, elle avance vers les portes mobiles, incrédule, elle ne voit pas que le train est vide, elle regarde le train qui s’en va, les wagons clos qui s’éloignent, comme si elle pesait du regard les chances que le train aurait encore de ralentir, de s’arrêter, faire marche arrière pour ouvrir ses portes devant elle



sur le quai où elle aurait tenté de repeindre ses lèvres, le tube qui s’échappe, roule sur sol, s’arrête près d’un mégot

respirer

une femme porte un foulard fleuri, noué sous le cou, ses lèvres s’agitent en silence

à l’extrémité de chaque rectangle un homme en survêtement, un homme le plus souvent assoupi, muni d’un walkman et d’un casque, légèrement affaissé, pieds en avant

et l’homme qui chantait dans le dos

ne chante plus

pouce d’un autre lentement sur le cou d’une femme, ses doigts minces et ses lèvres fines

maintenant

entendre un homme dire je suis dans le train du retour, c’était intéressant, intéressant à tout à l’heure dit l’homme

attendre que quelque chose en soi se détache

et qu’il y ait un dernier retour

Marchant sur le quai mais sans avancer jusqu’au bout cette fois puisque ce serait pour l’essentiel des choses à savoir, que le train du soir ne sera pas aussi long que celui du matin, elle a suffisamment marché pour apprendre, elle se sentait inutile, déplacée, plus tard au milieu des gobelets, des biscuits, des pistaches, de quoi ça parle n’a pas beaucoup d’importance cette fois non plus, tu nous donneras des nouvelles ils le disent quand même, à quoi bon à Saint-Cyr à Versailles regarde.



assiettes blanches et creuses posées aux balcons

il y a des maisons au bord des voies

des branches roses

un talus haut, au ralenti, habillé d’un buisson de fleurs jaunes, solitaires, accrochées au talus.

on passe sous un pont, on plonge dans le noir, arcades arrondies et l’imitation de la pierre

une table de ping-pong bleue dans un jardin vert

des villas bourgeoises aperçues dans le fond de Chaville, leurs grands jardins proprement peignés, les chaises en plastique blanc, ...

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