1 / Paris-Montparnasse / Saint-Quentin-en-Yvelines







dans la rue un homme en costume noir traînait un enfant qui ne voulait pas : trace des doigts serrés aux poignets, l’enfant à genoux et l’homme tirant sur les bras, face à face les deux visages fermés, hostiles, ennemis pour toujours

avenue du Maine un homme enroulé dans une couverture bleue, endormi ou évanoui ou bien mort, en travers du trottoir, la tête dirigée vers le caniveau

plus loin un jeune homme à pull noir se brossait les dents près d’une fontaine Wallace

et toujours l’arrivée à la gare Montparnasse, l’odeur d’essence de la station-service, les tessons de verre brisé, les hommes et les femmes assis sur les marches, le vieillard aux yeux injectés de sang, la peau germée, un carton rempli de sandwichs emballés posé à ses pieds, et toujours cet essoufflement, l’escalier, l’œil à la montre, et toujours une jeune fille vêtue d’un grand blouson rouge et d’un badge « SNCF grands départs renseignement »

mais pas de grand départ pour elle aujourd’hui non plus, seulement la voie 15 et le train de 8 h 17 direction Rambouillet, arrivée à Saint-Quentin-en-Yvelines à 8 h 55

dans le wagon un jeu de cartes étalé sur un siège entre deux femmes silencieuses

ils montent et ils attendent et elle attend avec eux

elle a choisi le deuxième wagon

elle écoute le bruit des pas sur les marches

essoufflé, un homme dit quelques mots incompréhensibles

une femme crie : il s’arrête où ?

un homme éternue

un homme se mouche

ce n’est pas le même homme



un ciel en nappes poudreuses et au sol des ongles peints en rouge et en rose sur des pieds de femmes

ça continue

on est assis dans un train

on attend

on voit des gens sur le quai

ils entrent, ils sortent, ils sèment des indices troubles, on n’entend pas ce que dit la voix

ça continue, ça recommence, on plie les coudes, très vite cinq places seraient occupées par cinq corps, deux journaux dépliés, un ordinateur portable ouvert, on pourrait voir que les trois hommes portent des chemises, un seul une cravate, un seul une alliance aussi

gouttes de pluie sur la vitre, treille de câbles, de fils, de branchements

plusieurs minutes dans le noir du train à l’arrêt, les pas dans le couloir, ceux qui s’assoient, ceux qui changent d’avis, de place

la lumière vraie et un homme qui parle tout seul



Paris Montparnasse / Saint-Quentin-en-Yvelines, allers / retours, sans la particule qui lierait l’aller au retour, aller / retour, comme si elle prononçait simplement ces mots en achetant un billet au guichet et qu’il n’y ait rien à voir, rien à savoir non plus, rien à vivre, seulement une fois encore glisser de l’un jusqu’à l’autre, Paris Montparnasse / Saint-Quentin-en-Yvelines, allers / retours, combien de fois toutes ces années, pour combien d’heures, de minutes, pour combien d’images gardées ?



les genoux penchent dans le couloir

ils lisent des journaux gratuits, des journaux payants, des prospectus, des polycopiés, des livres

ils parlent, ils mangent des croissants, des pains au chocolat, ils portent des sacs à dos, des sacs à main, des valisettes, des instruments de musique aussi

dehors dans la lumière grise

un homme dormait allongé sur une banquette, il s’est levé, il a quitté le train en emportant le journal qui traînait sur une autre banquette

l’homme ...

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