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mannish boy

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ISBN 978-2-8145-0045-7

© Michel Brosseau & publie.net – tous droits réservés

première mise en ligne sur publie.net le 12 mars 2008

mise à jour et nouvelle présentation le 25 janvier 2010







Der des der ! Toujours ce qu’on dit. Si seulement c’était vrai !

Sciure en bouche. Tabac froid en crinière.

Combien déjà de cuites repentantes  Lendemains contrits et dépressifs !

Comme castagnettes au crâne.

Heureusement il avait amené son réveil. Sans ça, pas simple, non...

Pas se lever tout de suite. Attendre un peu. Comater encore... Sûrement pas très stable du bide. Surtout ne pas se rendormir. S’asseoir. Dos à l’oreiller, tranquille.

Bourdonne l’abeille ! Butine en allers-retours aux tympans. Devaient jouer fort hier soir.

Coz I’m a king bee !

Gros son, c’est sûr. Trop pour un seul bar !

I can buzz you all night long...

Rentré à quelle heure  Un peu avant que ses parents tartines plongeant au bol... Comme d’habitude, s’arranger pour ne pas les croiser.

Si tu crois qu’c’est raisonnable quand même !...

Salut les papillons ! Toujours fidèles aux quatre murs de sa chambre. Combien dissimulés sous les posters  Les comptait autrefois. Petit bonhomme malade.



Celtique ! granitique ! poétique !

Oh là ! Bien lourd lui hier soir.

J’écris des acrostiches celtiques et granitiques !...

Barbichu prise de tête.

... comme ma queue ! granitique elle aussi...

Celtique !... granitique !... éthylique !... alcoolique !... et pourquoi pas : pathétique !...

Antalgique vaudrait mieux. Avec des bulles. Vraiment la tête comme une patate ! Super tout à l’heure ! Tous réunis dans la salle à manger, prêts pour le repas marathon.

Pascal !... un p’tit jaune  comme d’habitude ...

Oh ! peuchère !... de l’effervescent s’il te plaît ! Passons ! Autre chose. Haut le cœur rien que d’y penser. Saloperie !

Onze heures. Onze heures et quelques. À dix debout ! En attendant rester dans ces draps blancs tirés portefeuille. Pas de couette ici. Rêches aux doigts les initiales brodées de sa grand-mère. S’enchevêtrent. Laisser filer son doigt le long. Autrefois. Il y a peu.

Ton frère, il avait pensé faire ça l’week-end du onze novembre… Vous faites le pont l’sam’di 

Abolie la distance de leurs voix à l’autre bout du fil. Sa mère, à chaque fois, qui l’appelait. Peu bavard le paternel.

Alors ! quoi d’neuf 

La météo, son jardin. Plus facile devant un verre de blanc. Mains aux cuisses, sourire à l’œil.

Tu repars quand ... que j’puisse m’organiser pour les courses !...

Être revenu !... Et pour un baptême, en plus !... Comment le lui refuser  Pour Philippe qu’il était là...

Neveu nouveau venu dans la communauté des saints !



Dès la gare d’Angers, s’être senti revenu. L’accent tout autour, la Micheline rouge et blanche.

Comme sortie du passé... Au buffet, de nouveau ces mots mâchés dans un élan bref et gras. Frontière... Là il se savait de retour.

Micheline déserte pour cause de jour férié. Absents, les voyageurs du vendredi après-midi.

Dedans, toutes ces vieilles encapuchées, imperméables hauts, entourées de bagages citadelles.

Étudiants, rentrant comme lui, chaque semaine, dans leur famille.

Premiers bacheliers d’une lignée paysanne, ahuris devant la ville,

Simili V.R.P. des écoles de commerce.

retroussant les manches de leur chemise pour se mettre à l’ouvrage, crayon en main.

Bidasses aux yeux trop grands le crâne ras.

Sans oublier, cerise gâtée hélas, quelques nonnes, joues blanches et regard terne, qui, le poil triste dépassant de la coiffe...

Lycéennes bleu marine, rebondies et proprettes, raquette de tennis au sac.

Ce n’est pas comme aller n’importe où…

Presque à peine arrivé de la gare, manger. Pourtant longtemps qu’ils ne s’étaient vus ! Mais ne rien trouver d’autre que répéter de vive voix leurs similis conversations téléphoniques…

À peine le temps de quelques mots échangés.

Oui, le train était à l’heure.

Lili aussi...

Sympa, sa sœur, d’être venue le chercher.

Oui, il avait corrigé quelques copies dans le train.

Pas d’temps d’perdu comme ça !...

De la gelée peut-être demain matin.

Déjà la s’maine dernière chez nous !... J’sais pas là-bas...

La télé l’avait dit. Du froid au nord de la Loire.

T’es bien chauffé ça va 

Oui, le train était tout de même moins fatiguant que la voiture. Comment leur dire l’intérêt de tous ces destins croisés  Écouter, regarder.

C’est vrai que le téléphone était tout de même une belle invention.

Heureusement qu’t’as l’ascenseur quand même !...

Non, ses voisins étaient toujours aussi discrets.

T’imagines avec tes courses sans ascenseur !...

Ils viendraient peut-être un jour. Heureux de voir où il habitait. Cet appartement, là-bas.

Au printemps, les jours sont plus longs !

Véritable expédition pour eux. Tous ces kilomètres.

Oh bèh, ta sœur nous emmènerait…

Une fois couchés, zapper. S’engloutir au canapé. Télécommande en main, dodeliner de sommeil... Chapeau au crâne cet écrivain qui parlait sida en tête à tête. Fin d’un western ocre et vert. Parlait parlait, sa maladie son chapeau. Salon carton pâte.

T’as quand même fini par la tuer cette télé !...

Puis prendre quelques notes, avant d’enfin se coucher. De nouveau assis à ce bureau, coudes posés au pin blanc. Cadeau du cousin Marcel. Jauni, maintenant.

Les ronflements de son père dans la chambre à côté... Sa mère auprès de lui… Tout près... Derrière la cloison, l’armoire, les papillons du papier peint…

Tous au lit déjà. Lili lisait peut-être.

Des enfants de l’entre-deux guerres. Nés au creux d’une ferme tous deux. Paysans avortés. Certificat d’études, service militaire... Et puis l’usine, les enfants... Un pavillon en bord de nationale. La vie qui va, comme disait son père.

Eux au moins avaient toujours eu l’habitude de se coucher de bonne heure !

Un carnet tout neuf, dans la poche du bomber’s. Commencé l’après-midi, pendant le voyage en train. Il avait ajouté la date en haut de la page quadrillée. La première du carnet. Souligné rapidement le titre :

Chroniques sommes.

Tout un programme. Absence de virgule, hésitation entre verbe et substantif, pronom disparu... Le prof de Français avait ses réflexes. La fac n’était pas loin. Le discours critique encore frais. Alambiqué et creux. Verbiage qui l’amusait, l’exaspérait, flattait son intellect.

Chaque jour écrire !

Il avait relu quelques bribes, au hasard.

Vieille histoire de travail de paresse et de peur. Une mesure d’hygiène ! prendre le temps…

Notes en vrac.

Rage que l’on ne peut dire. Décrire. Décrier.

Une bonne occasion de s’y mettre, en tout cas. Maintenant qu’il était là ! Mieux valait s’occuper jusqu’à dimanche. Puisqu’il avait commencé dans le train. Et continué ce soir encore.

Écrire serait encore le meilleur moyen de tuer le temps.

Il était tenté par une nouvelle :

Un jeune homme, Pierre. Autofiction. Une sortie d’adolescence. Récit d’une formation brinquebalante.

Il rêvait d’un récit déglingué, tout de bribes et flashes.

Pierre, jeune homme de la classe moyenne.

Désireux d’aboutir cette fois-ci.

Sans moyens. À l’étroit.

Pas comme les carnets précédents. Tentatives avortées...

Seul dans son appartement. Joue de la guitare. Larsen.

Un tel voyeur, l’oreille aux aguets, traînant autour. Matière disponible !

Un cri dans la nuit qui s’écoule. S’écroule et colle aux doigts.

Et puis enfin tenter de dire tous ces tiraillements ressentis. Exprimer cette tension qui donnait parfois l’illusion de la force. Un enfant nerveux, il y a peu.

Fallait voir ça comment il s’roulait par terre en rentrant d’l’école... Oh c’était quelque chose !... Tu t’rappelles Pascal 

Ne se souvenait pas vraiment. Trop vague…

Fallait voir ça... impossible qu’il dure en place !...

Sa mère le lui avait dit. Tant de fois raconté.

... et puis, rien moyen d’lui dire… il voulait rien entendre !...

Un jeune homme aujourd’hui.

Seul.

L’unique adjectif qu’il ait eu sous la main.

Onze heures dix, bientôt. Impossible de reculer davantage. Douche ! Pas la peine d’arriver trop tard… Déjà suffisamment speeds, ce matin !...

Lili ! t’es prête 

Les avait entendus partir. Vague.

Bèh t’as vu l’heure qu’il est quand même !...

Pas de temps à perdre. Se dépêcher. Après la messe d’onze heures, le baptême.

Ah ! c’est toujours quand on est pressé qu’ça va mal !...

Paniquée Renée. Ses chaussures ! Où avait-elle mis ses chaussures  Au point son sketch ! Vingt ans déjà. Plus peut-être. Le rejouait pour chaque départ.

Léon aussi avait son répertoire.

Dans la vie il faut de l’or-ga-ni-sa-tion !...

Tout un programme.

L’instituteur nous disait toujours : as-tu dans ta poche ton couteau, ton mouchoir et ton chapelet ...

Kit de survie paternel ! Combien de principes tels en tête 

Cette fois-ci, debout !

Pas la peine de mettre ce pyjama. Tous partis déjà. Qui a peur du grand méchant loup... échalas !... c’est pas nous !... Un peu petit tout de même ! Relique pieusement conservée dans l’armoire. Comme ces savates. Déglinguées grave ! Déjà là vendredi soir, parallèles sur la descente de lit.

La clé  C’est bon. Là, dans la poche du jean. La lui rendre tout à l’heure. Lili sœurette. Surtout ne pas oublier sa clé.

Combien le décilitre binouze  Plus guère de thunes en poche ! Cliquetis discret. Menue monnaie. Piécettes de peu. Jaunes et légères ! Dépouilles trébuchantes d’un biffeton englouti.

Et glou et glou et glou et glou... petit patapon ! Pue la fumée tout ça. Il était un poch’tron ! et glou et glou petit patapon... Il était un poch’tron ! Des fringues propres dans le sac !... Là au pied du lit... Qui avait mal au crâne ! patapon pon pon !... Et comme l’envie d’gerber ! tagada tsouin tsouin !...

Et hop ! Oh là... doucement !... doucement... Douche. Aux chiottes et douche.

Tous ces demis ingurgités au Louise !... Une belle embuscade !... À un moment ça s’est enchaîné, accéléré... Impossible de savoir d’où ça venait ! Feux croisés au comptoir...

Une belle bande de sacs à bière ! Et pas un pour rattraper l’autre… Kik… Nash… Duke… Cos… Toujours les mêmes habitudes !... Bistrot ! Bières ! rock’n’roll ! et gueule de bois ! Un samedi soir quoi !

Pâs-cal Pouïn-trrôôôô ! Le retour !

À peine entré dans le bar, il y avait eu droit. Comme à chaque fois !...

Pointreau n’en faut !

Une paye, pourtant, qu’il les avait vus ! Deux ans, maintenant, qu’il était parti. Et rentrait peu. Deux, trois fois par an… Mais revenait chaque fois au Louisiana… Une soupape, quand pris au cercle clos !...

Pas même pris la peine de les appeler avant ! Certain de les trouver là. Tous alignés au comptoir. Anciens copains du lycée. Connaissances des bistrots. Des soirées. Signes de tête, poignées de mains.

... ça va ...

Concert, ce soir ! Un groupe de Nantes.

Ah c’est cool alors !...

Joy’s hero.

... bon plan !

Visages connus pour soirée trash. Avec qui enquiller des bières sans trop avoir à dire. Impossible de toute façon. Un tel volume sonore !

Y’a des rebelles dans la salle ...

Peu importait le style ou la qualité. Les fûts se vidaient imperturbables. Chaque samedi ou presque.

De moins en moins d’endroits comme ici. Dommage ! Kik l’avait répété. Pas facile de jouer. Trouver des dates. La même merde partout en fait. Les maires les préfets... Vieux cons ! Nash confirmait.

Même avec un article dans Ouest-France !... Le lui avaient montré ensuite. Après la fermeture. Quand tous partis chez Kik pour se finir…

Burning waves : rock, anarchie et poésie

Revenus combien de fois sur leur article de l’année dernière  En page magazine !...

Le mec nous a dit qu’il connaissait quelqu’un à Libé... faut voir...

Profils serrés au comptoir. Vraiment pas facile de s’entendre. Tellement de monde.

Trois demis ...

Un signe index suffirait pour la remettre.

... tu fais toujours un peu d’zique là-bas ... avec Christophe toujours...

Phrases de routine.

... toujours à fond dans l’blues alors ...

Ils jouaient quoi maintenant 

Si tu veux, nous c’est un choix...

Pas vus sur scène depuis un moment. Hard core  punk  trash 

C’est un trip quoi, faut l’assumer... mais pour réussir à choper le statut d’intermittent, alors là...

Rester fidèles au rêve en tout cas. S’accrocher, coûte que coûte. Mais plus question de routine.

J’imagine pas vivre autrement tu vois...

Ils jouaient fort les joyeux héroïques.

... pas bien subtil mais efficace...

Trio bruyant pour chanteur excité.

... sympa... sans prétention, mais bien...

Torse nu l’œil allumé. Basses encaissées tout au ventre.

Come on... come on...

Modèles observés vidéo. Gigotait des bras jambes écartées.

Coz’ I’m loaded... loaded as can be...

Extraversion de circonstances. Travaillée, boostée d’alcool.

Rien d’tel pour la binouze !

Trois...

Amstel ...

Pas bien facile d’aller pisser. Se faufiler sans trop heurter... Compact aux coudes. Doucement avancer parmi. Ne pas renverser leurs bières.

Un estrade. Une 

S’agglutinent à la scène ! Plein les oreilles... Peu leur importe ! Bière en main tapotent le verre aux doigts. Dodelinent bref. Ingurgitent : lèvres plongeantes, nuque raide. Imitent bras tendu le va-et-vient des guitares. Battent du pied. Courent au rythme.

Chaque retour des chiottes un autre demi l’attendait. Le dernier à peine entamé !...

Ah mon salop ! sacrée descente !...

Inlassable, se demander pour qui la prochaine !...

Au fond à droite. Sol déjà détrempé des chiottes. Mégots écrasés. Respirer par la bouche !... Puis retourner au bar sans glisser.

Toujours agglutinés là. Masse compacte devant la scène. Ne pissent jamais  À retraverser en douceur. Faire attention aux têtes et aux coudes ! Voltigent. Secouent leur reste de crinière. Allumés raides miment le guitariste. Bras gauche crispé, doigts qui tortillent véloces au vide. Crachent les mèches plaquées aux lèvres.

Oh babe babe babe...

Main droite qui tourne aux moulinets. Tourbillons maladroits. Finissent à genoux, tête hoquetant aux cymbales.

Oooooohhhhhh...

Paumes crispées vers le plafond.

Chanteur : maigre comme Christ à grosses couilles.

Bonne pêche le mec...

Coquille !

Une voix correcte...

Caressait des corps de femme au vide.

Come on... come on...

Veine bleue du cou tendue.

Cooooome oooonnnn...

Bref et haletant.

Mer-ci !... à la prochaine !...

Fin du dernier set.

Bon feeling les mecs...

Le concert terminé, les avoir vus au comptoir. Quatuor au bar pour une bière.

Une petite pour la route !...

Souffler un peu avant de tout charger dans la camionnette. Musiciens déménageurs.

Bien les zicos... bien !... non non, vrai !... super hein !...

Cour chevelue titubante. Tapent à l’épaule. Mains serrées.

... et vous rejouez bientôt ... où ça ...

Paumes frappées complices.

... je joue de l’harmonica aussi...

Trinquer !

... j’aime trop délirer avec tu vois...

Stars d’un soir.

Tu tiens plus sur tes quilles mon garçon !...

Minuit passé. Bientôt la fermeture.

Moi tu comprends un boulot fixe...

Le temps de quelques mousses encore au bar. Vite fait bien fait !

... ou alors un boulot créatif, tu vois ...

Coude qui glisse au comptoir.

... oh là !... gâche pas mon Pascal !...

Premier demi renversé.

...

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