Autour du style

(péristyle…)

Aujourd’hui, je voudrais essayer de réfléchir avec vous à ce que c’est qu’un style. Sans « style », il n’y a pas de littérature. Il y a des histoires, plus ou moins bien racontées, mais pas de la littérature, c’est-à-dire l’art des mots. Pourtant, il est difficile de définir ce qu’est le style. On n’y arrivera pas, nous non plus, mais peut-être, au terme des réflexions plus ou moins désordonnées qui vont suivre, aura-t-on une idée un tout petit peu moins vague. Et en tout cas, même si je ne vous apprends rien, j’aurai au moins attiré votre attention sur ça : il n’y a pas de littérature sans un style.

 

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, à la fois pour éviter des ambiguïtés et pour vous amuser un peu, une précision : il y a (au moins) deux sens au mot « style ». Il y a un sens fort, c’est celui dont on va parler. Quand on parle du « style de Flaubert » ou du « style de Claude Simon », on désigne une configuration et une force assez mystérieusement propres à leur écriture, quelque chose qui fait que ce sont des artistes et non de simples romanciers. Quand on parle, en revanche, de « style administratif », ou de « style télégraphique », ou bien encore de  « style ampoulé », on désigne une simple manière d’écrire, une procédure. C’est dans ce sens-là que Raymond Queneau a composé ses fameux Exercices de style.

Je vais commencer par faire un peu d’étymologie. Et d’abord, l’étymologie du mot étymologie… étumos, en grec, signifie « vrai », « réel ». Etumos logos, ce serait donc « le sens vrai ». Naturellement, on ne peut pas penser ça tout à fait, que l’étymologie donne le « sens vrai » d’un mot. D’abord parce qu’il n’y a pas de sens absolument vrai, le sens de chaque mot est toujours susceptible de bouger un peu, de se nuancer, de se teinter d’une intention qui est celle de l’auteur, et c’est précisément une des choses qui permettent qu’il y ait des « styles ». Le mot « ciel » n’a sans doute pas exactement le même sens dans le vers célèbre de Phèdre, « le ciel n’est pas plus pur que le fond de mon cœur », et dans cet autre, également fameux : « le ciel est par-dessus le toit, si bleu, si calme ». Il me semble (mais je peux me tromper) que le premier est à la fois physique, météorologique si vous voulez, et « philosophique », à mi-chemin entre le heaven et le sky anglais, tandis que le second est plus purement physique, plus uniment du côté de ce que désigne le mot sky. Et puis, je songe à un autre ciel célèbre, celui que contemple le prince André, couché, blessé, sur le champ de bataille d’Austerlitz, dans La guerre et la paix de Tolstoï :

« Voilà une belle mort, dit Napoléon en regardant Bolkonsky.

Le prince André comprit qu’il s’agissait de ...

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