
Mais peut-on l'appeler une œuvre ? Assurément nous ne le pouvons pas. Dans Oh tout finir, encore, Blanchot parle du prix Nobel attribué à Beckett : « prix qui ne couronnait spécialement aucune œuvre (il n'y a pas d'œuvre chez Beckett) mais tentait seulement de retenir encore dans les limites de la littérature la voix ou la rumeur ou le murmure toujours sous la menace du silence » ; et Blanchot de citer un passage de son propre livre L'attente l'oubli, « pour finir parce que Beckett accepta de s'y reconnaître » (CC 458). Cette reconnaissance, le processus spéculaire où l'échange entre texte commenté et texte commentaire, c'est sous cet angle que nous abordons les livres de Blanchot, va-et-vient qui empêche justement ce mot d'œuvre. « Je suis avec toi, comme si tu étais mon œuvre. Mon œuvre… Quelle lumière étrange tombe sur moi ? L'effort pour me rejeter de toute chose créée aurait-il aboutit à faire de moi le suprême créateur ? » (TO 128-129)
Je dois dire que je m'attarde particulièrement sur plusieurs textes plutôt que sur d'autres ; je conçois, peut-être de manière erronée, que l'essentiel de l'œuvre se trouve autour de son centre, au moins d'un point de vue historique. Géographiquement, certains textes à l'évidence anecdotiques peuvent se révéler d'une redoutable emprise sur l'œuvre entière. Cas de Bartleby pour Melville ; des Cahiers du sous-sol pour Dostoievski.
Aussi, l'œuvre est aujourd'hui en plein mouvement, même après la mort de Blanchot. À la parution d’un recueil d'articles sur Michaux (l'un des auteurs pour lesquels manquait le livre de Blanchot), se sont succédés les écrits politiques, grâce à Jean-Pierre Boyer et les éditions farrago.