Je suis tous un juif français

Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu, je sais. Faut-il pour autant refuser de voir que le feu couve ? Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu, il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre, fort bien, mais je sais aussi que c’est avec ce genre de plate, de prudente morale qu’on finit par accepter, tacitement, l’inacceptable. Je lis, j’entends que des Juifs ne se sentent plus en sécurité en France, que des Juifs quittent la France parce que des bandes de banlieues leur y rendent la vie dangereuse, ou pour le moins angoissante, je lis cela dans les journaux et il ne semble pas que cela suscite une grande émotion, par exemple parmi les intellectuels si prompts à s’émouvoir, si prompts à voir du « fascisme » partout, si enclins à poser à tout propos aux combattants antifascistes. Je lis, j’entends que des synagogues ont été attaquées, des écoles, des locaux d’associations sportives juives, que des élèves juifs sont menacés, molestés, et je ne vois pas une grande émotion se faire. J’apprends avec horreur qu’un jeune homme juif a été torturé à mort par des barbares qui sans doute ne martyrisaient pas en lui que le Juif, mais sûrement aussi le Juif. J’apprends cela avec dégoût comme, c’est alors ce que je veux croire, l’immense majorité des Français ; de la République à la Nation, je me refuse longtemps à admettre ce que je crains de constater, que la très grande majorité des manifestants sont des Juifs de France, pas des Français « sans qualité », je veux dire par là toutes origines ou appartenances mêlées. Ce qu’on appelle ou qu’on appelait des citoyens, avant que ce mot ne soit ridiculement galvaudé. Que des millions de Français sans qualité soient allés manifester, quelques semaines plus tard, contre le CPE, je ne sais pas si ce fait est symptomatique d’un problème français (je le crois, moi), mais je suis sûr que ce qui fait partie du problème français, ...

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