en guise de prologue

Une découverte en 1982, après la publication de mon premier livre (Sortie d’usine, aux éditions de Minuit), encadrant un groupe de jeunes en « réinsertion  », à Bezons : dans ce qu’ils écrivaient, du plus proche et du plus ordinaire, le monde tel qu’il nous entourait derrière les tours de la Défense, et abstraction faite de toute problématique liée à la drogue ou ce qu’on nommait pudiquement leur «grande difficulté », une énonciation qui m’était inaccessible, mais me révélait littéralement cette part immédiate du réel, avec la force d’un livre.

Je ne savais même pas qu’existait l’expression « atelier d’écriture ». Invité en 1990 dans un autre lycée de la banlieue parisienne, à La Courneuve cette fois, j’ai voulu immédiatement proposer d’écrire. Trois ans plus tard, commençait à Montpellier un parcours plus long, où il me devenait possible de mettre en réflexion mes expériences en multipliant le même atelier avec des groupes divers, en même temps que je commençais régulièrement à proposer des stages de formation à l’animation d’atelier d’écriture. Un livre en résulterait plus tard, Tous les mots sont adultes (Fayard, 2000), réédité en 2005, avec, après cette magnifique expression de Maurice Blanchot, un sous-titre à part un peu ironique, cette ironie de l’humilité : méthode pour l’atelier d’écriture. Propositions d’écriture, du point de vue pratique : on en trouvera en ligne, sur mon propre site (www.tierslivre.net) ou sur le site de la BNF par exemple, avec les textes produits selon les publics.

Mais, tout au long des expériences – jusqu’à cette année dans deux départements de « création littéraire » des universités du Québec, l’interrogation à rebours sur le sens de ces expériences, ce qu’elles changent ou déplacent à notre propre écriture, et ce qu’elles changent ou déplacent à notre perception de la littérature, la bibliothèque qu’on en constitue, et la transmission de ce qui nous mène à ces expériences : tout simplement la transmission de notre exigence ou notre amour de la littérature, la toute petite part dont nous sommes chacun – et si diversement – dépositaires.

De 1993 à 2008, quinze ans de ce parcours parallèle, interventions dans des colloques ou débats publics, articles en revues et journaux, entretiens.

Ce qui revient : on ne sépare pas l’atelier d’écriture de la réflexion sur le métier d’écrivain. D’où l’inclusion ici de textes sur l’auteur et l’argent, ou bien la récurrence de cette question : formez-vous des écrivains ? Constant aussi, le dialogue avec l’éducation nationale : quels textes utiliser, pourquoi notre insistance à utiliser des textes contemporains (de Perec à Koltès, ou Novarina et Sarraute) malgré l’apparente difficulté supplémentaire ?

On retrouvera la trace de débats menés ces dernières années, lors de l’ajout d’un sujet dit écriture d’invention au baccalauréat de français.

C’est aussi le lien de la littérature et de la société, pour ceux qui n’ont pas eu accès à la réflexion littéraire : écrire en prison, mais réflexion symétrique sur le travail d’écriture en fac de sciences.

Finalement, ce sont Proust, Kafka, Poe, ou Le grand Meaulnes qui sont les héros de mon histoire de quinze ans. J’ai inclus aussi cette conférence pour laquelle j’avais choisi un titre reçu d’une enquête journalistique  : pourquoi faut-il lire ?

Et que c’est peut-être bien la question centrale.

François Bon, mars 2010.

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