Le poème et l’ennui

Tout pourrait commencer par l’ennui. L’arrêt du monde. Le passé ne pousse plus, le futur ne tire plus. Une plage vide, une surface d’eau dormante. Ce qui se passe ne se passe pas. On s’enfonce peu à peu. La vie n’est plus un récit, une fuite vers la fin. Une attente, simplement. Qui n’attend rien. On voit le jour. Gris. On écoute les bruits. Comme sans les reconnaître. Ils ne désignent rien, n’annoncent rien. Des bruits, tout court. L’horloge marque dix heures. Un peu plus tard ce sera toujours dix heures. Et encore un peu plus tard. L’heure ne bouge pas. On est au centre. On s’enfonce, oui. On pourrait disparaître. Mais rien n’arrive. Pas même le pire. Les choses sont là, pétrifiées, hypertrophiées.

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