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Détails
| Contributeurs : | Herman Melville (Auteur), François Bon (Traducteur) |
| Publication : | 10/09/2012 |
| Langue : | Français |
| Pages : | 89 |
| Éditeur : | publie.net |
| Collection : | Nos Classiques |
| ISBN : | 978-2-8145-0484-4 |
Description
"Melville savait-il, écrivant {Bartleby}, l’immense destin de son copiste ? Aborder un texte dont on sait qu’il a basculé la littérature tout entière, en tout cas un siècle et demi de littérature...
"Ou bien : n’est-ce pas notre propre histoire, mais notre histoire tout entière, celle des grandes villes dont Manhattan est l’emblème, celle de l’holocauste et ces silhouettes réduites à l’infini silence, et tous les fouilleurs de littérature qui, comme Franz Kafka, ont ajouté à {Bartleby} des frères puînés, qui ont donné après coup (pour reprendre le titre de Blanchot) sa vraie dimension à Bartleby ?
"C’est le récit de la naissance d’une ville au-delà des villes – celles où le destin en partage cesse après six heures du soir. Le numéro de l’immeuble dans Wall Street n’est pas précisé, mais on nous parle de l’angle Broadway et Canal Street, on va faire un tour à Hoboken, on voit le City Hall et « Tombs », la prison, qui à la fin – prélude au Rykers actuel – devient le lieu total du livre, enfermant à son tour ce curieux espace avec gazon et silence, où va mourir Bartleby.
"En français, on dit un mur aveugle : dans Bartleby, il y aura une phrase déchirante sur les yeux vitreux du copiste. Mais Melville écrit dead wall, le mur mort, et il faut bien le respecter. Bartleby a sa rêverie du mur mort, cela revient trois fois. Et quand vient le mot cadavre, {cadaverous}, c’est du Bartleby vivant qu’il est question. Quand il meurt, on ne parle plus de cadavre, on ne parle que de ses yeux ouverts, et de son front contre la pierre.
"De bout en bout, c’est un récit de la mort, sur la mort, avec mort – ce que nous portons de mort en nous, que nous nions et qui nous emporte. Bartleby ne serait pas cet universel sinon. Mais c’est précisément ce qu’on ne peut nommer, et qu’il faut aborder par des figures. C’est cela, peut-être, qu’on nomme littérature.
"Alors, quand toute cette machine est prête sous vos doigts, qu’on les entend crier dans leur marmite, qu’on voit la ville et qu’on s’en remémore les odeurs, alors oui se risquer à disparaître dans l’écart des deux langues, s’effacer pour traduire – comme raconter, au mot à mot, mais attentifs d’abord à la marche narrative, aux strates, aux jeux, aux images si étonnement visuelles – quand bien même la fenêtre ne donne que sur le mur de briques noircies. Attentifs aux attentes, aux lourdeurs, aux virages, aux reflets, aux coups. Et tout aussi bien à la mince figure abstraite, au milieu, omniprésente, et qui avale tout le reste. Raconter, parce qu’on nous raconte.
"Aimer Melville, aimer New York. Craindre Bartleby."
FB
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