Voilà un texte magnifique, très dense,
d’une langue éprouvée, où on perçoit la lecture de Gracq ou Nerval,
mais surtout qui respecte littéralement l’enjeu de son titre :
L’enfant neutre, cela signifie aussi qu’on traverse le
personnel, le particulier, pour rejoindre ce que recouvre toute
enfance, et qui concerne la langue.
Laurent Margantin ne contourne pas l’autobiographie, il s’en
saisit dans ses points de risque, ses éléments récurrents, sa
typologie. Mais il n’en fait pas la finalité de son travail.
D’abord, parce qu’il est entre deux pays, entre deux langues, et
que cela vous contraint déjà, héritage de Nerval comme celui de
Büchner, à prendre en compte l’intervalle, l’interstice, tout ce
sur quoi on ne se questionnerait pas si cette identité, ce
Heimat avaient été plus simples.
Mais parce que la question ouverte par Margantin, dès
l’ouverture de das Kind, la première partie de ce texte,
c’est la question posée à la langue, aux formes même de la
littérature – il n’est pas d’écrivain qui n’aient à interroger
l’enfance, qu’ouvre-t-on ce faisant, et qu’a-t-on à déplacer.
Alors les outils, les chemins, les convocations, l’étrange
visage blême de l’enfant double convoqué, Blass (le
deuxième récit) deviennent aussi ce qu’on nous offre pour rejoindre
notre propre langue-enfance.
C’est l’étrange et exigeante teneur de ce texte.
Laurent Margantin travaille depuis longtemps ce jeu entre les
deux langues. C’était le fond, mêlé d’autobiographies, carnets,
voyages, d’un site Internet pionnier dont beaucoup se
souviendront : D’Autres Espaces. Laurent Margantin est aussi depuis
très longtemps un animateur et un contributeur d’un des principaux
sites de littérature : La revue des ressources. Il a aussi publié une
anthologie et des études sur le romantisme allemand chez Corti.
Un texte fascinant, presque obsédant, où la prose sans cesse se
joue d’elle-même pour venir aux frontières de la poésie, et que
c’est l’écriture elle-même que sans cesse on questionne.
FB
Laurent Margantin
Ses premiers textes ont été publiés par Kenneth White dans les
Cahiers de géopoétique, ensuite des poèmes et des textes en prose
ont paru dans Poésie 98, Fario, Le Nouveau Recueil, ainsi que des
articles de recherche dans des revues spécialisées comme
Romantisme, Littérature ou Mélusine.
Après des études en littérature comparée, Laurent Margantin s’
est tourné vers la littérature allemande, avant de vivre une
dizaine d’ années à Tübingen en Allemagne. Il y a notamment
travaillé à un doctorat sur Novalis et les sciences de la terre, et
à une anthologie du romantisme allemand intitulée La forme poétique
du monde publiée aux éditions José Corti. Pendant ces années, il a
été en contact étroit avec le philosophe Manfred Frank et les
poètes Auxeméry et Lorand Gaspar. Il collabore à la Quinzaine
littéraire, et a commencé à participer à la Revue des Ressources
dès 1998 en faisant partie du comité de rédaction. Il y est
responsable de la rubrique "Ecritures & Critiques" comportant
quatre parties : D’ autres espaces, Critiques, Littérature et
Internet et Romantisme allemand.