Six textes numériques sur Arte.TV, proposés par publie.net : quel fil ? Celui tout d’abord d’une question sur l’objet même. Le texte numérique : une spécificité d’écriture, ou bien le travail contemporain simplement porté vers un autre support ? Et la question même de lire : dans un environnement aux fenêtres multiples, souvent voué à la circulation rapide, lisons-nous de même façon ? La relation à l’art, que nous entretenons dans la vie réelle, s’y transporte-t-elle ? Et ce que nous demandons à la poésie (ou notre façon de définir de cette façon des textes denses, appelant à réflexion, méditation, mise en cause du langage), est-ce compatible avec nos écrans de plastique ?
Paradoxe en ce que la réponse est double : objet mouvant et instable des deux côtés, et à nous d’en tenir compte, même pour maintenir cette double exigence, côté de la table d’écriture, côté de ce qui est mis en circulation.
Ainsi, côté de la table d’écriture, la multiplicité des paramètres qui interviennent : dans son premier livre publié, l’étonnant Nu précipité dans le vide, Sereine Berlottier constituait sa propre écriture au regard de celle d’une figure tutélaire, le poète Gherasim Luca. Mais le suicide de Gherasim Luca transformait ce rapport en enquête, chemin vers les archives et manuscrits, rencontre des proches et témoins. Le chemin devenait en lui-même l’enjeu poétique du texte.
Ainsi, dans ce texte inédit que nous confie Sereine Berlottier, l’expérience réelle qui en est la source : une « installation », c’est-à-dire une disposition intérieure déplacée de la réalité, et ce qui s’en induit pour ceux qui traversent. La réalité n’existe plus en tant qu’absolu, mais selon ce qu’elle déplace des regards qui la réassemblent, celui d’un gosse par exemple.
Alors la fragmentation de la langue, si elle est poésie parce qu’elle interroge le langage, l’interroge dans cette relation fractionnée et démultipliée au réel, selon la totalité recomposée de ses locuteurs.
Mais, comme cette installation qu’on traverse, n’a besoin d’aucun préambule théorique, ni médiation. Nos écrans sont ce déplacement de réel, qui bouleverse et la langue, et notre relation à la ville.
Ce qui fonde la communauté, c’est la relation que nous recréons à partir de notre expérience : l’art n’est rien qu’un point d’intensité particulier de cette expérience, lorsque donnée à l’autre,i et cela vaut pour cette strate dure, tangible, mais souterraine de la langue qu’est la poésie.
Alors, à nouveau, le chemin, et ce qui se joue dans les harmoniques, dans les ombres et cailloux de la langue, renouvelle le partage, impose que l’écran se fasse ce qu’on demandait au livre, de retrait et d’espace intérieur.
FB
Au départ de ce texte, la découverte d’une sculpture monumentale, Leviathan Thot, conçue par le sculpteur brésilien Ernesto Neto et présentée dans le Panthéon lors du festival d’automne 2006. De la toile et des billes, du lourd et du suspendu, de l’opaque et du transparent, organique, mystérieux, et l’envie, pour celle qui écrit, de revenir, de regarder, d’attendre encore.
Comment ne pas être là, passante, une fois unique, face à l’œuvre, une œuvre, celle-ci ? Comment s’y prendre pour revenir, carnet à la main, une deuxième fois, puis une fois encore, et encore, pour éprouver ce qu’il y aurait à apprendre de soi, de la durée, de l’attente, arrachée au temps bref de l’exposition, construire autre chose face à l’œuvre, qu’on dirait, oui, une relation ? L’hiver passe dans ce temps-là. Jusqu’à ce que, vision ultime, on revienne assister au décrochage de l’œuvre, à son effondrement programmé.
De ce chemin, un texte est né, inédit à ce jour. Décrochage en constitue un extrait.
Une lecture d’un autre extrait de ce texte a été faite lors de la Nuit Remue 2 et peut être écoutée sur le site Remue.net.
SB
Autre texte de Sereine Berlottier sur publie.net : Ferroviaires