François Bon | Autoroute
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DescriptionJe venais de découvrir le fabuleux livre/voyage de Julio Cortazar et Carol Dunlop : Les Autonautes de la cosmoroute. Un voyage Paris Marseille en bus Volkswagen, en s’arrêtant à chaque parking, passant la nuit dans un sur deux des arrêts. Soit 32 jours pour le voyage, sans quitter l’autoroute. Une drôle d’inversion du monde, avec l’impression que l’autoroute devient l’espace total du monde, immobile en fait, avec le reste de la planète qui s’en est séparé, et gravite en désordre tout autour. On comprend lentement que ce voyage en fait est un adieu au monde : Cortazar mourra peu après, ainsi que Carol. Ils nous disent au revoir, en cherchant le lieu le plus paradoxal de l’isolement. Avec Fabrice Cazeneuve, nous avons proposé à Thierry Garrel, responsable documentaires de création sur Arte, non pas de refaire le voyage, mais de s’embarquer à notre tour pour 3 semaines sur l’autoroute, on ne la quitterait pas, on filmerait tout. Thierry s’est moqué de nous : on ne pourrait rien découvrir que d’ordinaire. Mais justement, l’ordinaire, dans l’héritage de Perec, est-ce que cela ne vaut pas, d’aller le chercher dans ces zones limites du monde, celles du mouvement, de l’anonymat mêlé à l’intime, et un espace en fait stratégique pour l’économie, intersection de microcosmes liés à la terre, de l’autre côté du portail fermé, et l’incessant passage. Pas question donc de faire le documentaire, et moi j’en rêvais pour de vrai. Souvenir de toute la doc collectée, pendant quelques mois, je dois encore avoir quelque part un énorme cahier grand format rempli de coupures de journaux collées (on ne demandait pas tout à l’ordinateur, c’était juste avant la bifurcation Internet), et surtout des magazines de transport routier. C’est encore Fabrice qui a provoqué l’écriture : il nous fallait être plus convaincant qu’avec Thierry Garrel, à cette époque dans un bureau magnifique et bien confortable des étages d’Arte, il en reste quelque chose dans le début du livre... Tu devrais écrire qu’est-ce qu’on aurait vu si on y était allé, me dit Fabrice Cazeneuve. J’ai compris d’ailleurs plus tard, pour nos docus suivants, que c’était la nouvelle loi pour la télé : raconter par avance là où que le hasard nous ferait basculer. Je me souviens, c’était l’été, j’avais acheté une carte de France, j’avais sur mon Mac un logiciel, Route 66 qui permettait de calculer trajets, distances [1]. J’avais derrière moi des kilomètres d’autoroute [2] et un passé biographique qui fait toujours de moi, quoi que j’en aie, un observateur privilégié du monde mécanique, et une seule région de la France que je ne connaissais pas du tout : le quart nord-est. Alors j’y ai envoyé cette voiture imaginaire, avec un type qui filme et un autre qui écrit. Tous les paysages sont réels, minutieusement reconstruits, mais d’après les photos les plus archétypiques découpées dans France-Routes... Voir suite et autres détails sur la genèse du livre dans tiers livre . FB |
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