17 avril 2010 16:07
Les bouleversements continuent : pour qui s'est essayé à la réactivité d'écran du nouvel iPad d'Apple, et la façon dont le web devient objet de la sphère privée, avec la navigation à volonté, les musiques et les vidéos, ...
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Détails
DescriptionJe ne sais pas quel est le critère principal qui motive notre petite équipe d’édition numérique, mais je crois que celui qui m’est le plus proche, ce serait le mot fierté. Qu’il y a une dignité du geste littéraire, et qu’au bout d’une discipline qui est à la fois de vie et de langue, elle vient s’incarner par le chant et le rythme, que ça s’appelle beauté, mais aussi colère et cri, que cela inclut à égale surface la géographie et la folie. Alors on sait qu’il faut s’y coller, que cela ne se discute pas. Sans doute qu’on aurait fait la même chose, il y a quelques décennies, avec une presse à bras, ou une Heidelberg. Qu’on aurait pu aller coller sur les murs des lambeaux de ce texte de Michaël Glück, sa fin par exemple :
et s’il le faut dirais-tu nous inventerons des
poèmes barbares et des bûchers où vous nous jetterez parce que nous
allons perdre nous le savons que nous perdrons et de ces bûchers
dis-tu sortirons le feu noir et l’encre des livres à venir dis-tu
dis-tu disent-ils disent-elles
C’est ainsi. Lave sans ponctuation, avec retour sur l’écriture, avec voyages par routes et trains, mais se jeter aussi dans la langue des autres. En amont de Michaël Glück, il y a un petit village ukrainien du nom de Klicanovo, et que la communauté juive de là-bas a fini dans cette langue, quand Glück écrit quand la langue pèse autant sur la respiration
que le souffle est dans l’exode qu’il faut sortir du chemin quitter
les sentiers où l’on est toujours battu que tu choisis des langues
d’exil mais comment oublier celle-là les langes sont dans les
langues et celle-là tu dis celle qu’ils ont enfoncé dans ma
bouche der tod ist ein meister aus deutschland la mort est
un maître venu d’allemagne schwartze milch der frühe wir
trinken dich nachts lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
tu dis langue coupée
Est-ce qu’il serait de la responsabilité de l’édition commerciale de se saisir d’un tel texte ? Sans doute que oui, mais déjà les temps vont trop vite. C’est un texte d’urgence, et Internet est média de l’urgence : je reçois ce texte, le voilà en ligne. Et la circulation par les écrans est désormais plus efficace que celle des cartons de livre pour aller rejoindre le lecteur imprévu, la solitude et la dispersion où nous sommes, lecteurs, et qui nous fonde comme communauté. Michaël Glück, je n’aurais pas cru qu’il nous rejoindrait si aisément dans les terrains virtuels [1]. Quand je l’ai rencontré, en 1992, il était déjà au-devant. Je lui dois une part de la confiance pas si facilement acquise pour se lancer dans les ateliers d’écriture. J’ai suivi son travail, avec des éditeurs comme Calligrammes, où il s’agissait de livres-objet, de livres écrits sur des pierres. Je l’ai vu à sa terrasse de Lunel, calligraphiant sur de larges feuilles le poème qui est aussi espace. Je ne sais pas la part autobiographique de ce texte en 4 parties violentes, brutales même. La vie y est parfois arrêtée : le narrateur parle de la mort traversée, c’est son biais soudain venu à lui par l’expérience directe, intime, et qui convoque alors cette totalité de fresque, les langues, les voyages, la mémoire, et la folie moderne. Tenez, lisez : tu dis tu dirais que le temps n’est pas au beau
que la cérémonie des grands morts ne rend pas meilleurs les petits
vivants qu’un bout de crayon sur un bout de carton ne fait pas un
bout de roman que c’est toujours la même et première phrase que tu
donnes à lire aux automobilistes arrêtés par le feu rouge un peu
d’argent pour manger s’il vous plaît tu dis que ton roman plaît
de moins en moins et qu’il y a de plus en plus de plagiaires que le
partage des droits d’auteurs n’améliore pas le marché plutôt à la
baisse le marché que tu dis et avec la terreur même plus possible
de ramasser au fond des poubelles de la gare la dernière goutte
d’une canette de bière le croûton gras d’un vieux sandwich dans les
allées c’est pareil plus de poubelles plus de récupération tu dis
tu dirais tu as vu le ciel il vire au rouge le ciel ange couchant à
la belle étoile dis-tu maubeuge il aurait parlé comme ça ange
couchant à la belle étoile disparu maubeuge roule dans sa rolls
maubeuge en direction des céphéïdes il a traversé la pluie
d’étoiles filantes faut lever la tête en août pour avoir de ses
nouvelles peut-être que je vais changer la première phrase de mon
roman que tu dis pour voir l’effet que tu dis peut-être avec un
bout de crayon sur un bout de carton je vais écrire un livre
s’il vous plaît un peu d’argent pour que j’écrive mon
livre
Fierté donc d’accueillir ici et par ce texte Michaël Glück dans notre aventure numérique. |
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17 avril 2010 16:07 Les bouleversements continuent : pour qui s'est essayé à la réactivité d'écran du nouvel iPad d'Apple, et la façon dont le web devient objet de la sphère privée, avec la navigation à volonté, les musiques et les vidéos, ... |