Véronique Pittolo | La Révolution dans la poche
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DescriptionLe spectacle, la foule, la révolte ou pas : un questionnement à rebours de la Révolution française comme show télévisé, et en quoi ça nous en dit pas mal sur aujourd’hui... Véronique Pittolo, c’est rare parmi notre tribu des auteurs d’aujourd’hui, ne laboure qu’un seul champ. Il faut dire qu’elle a établi son champ de fouille dans un terrain de vaste horizon, sans barbelés autour, et où on ne se risque guère à venir lui faire concurrence. Chaque civilisation, depuis son origine, s’invente des mythes. Ils se ressemblent, diffusent de l’une à l’autre, ainsi le déluge, ainsi l’idée du sacrifice, ou des conjurations de la peur. Ces mythes, les fables les incarnent tour à tour en dieux, en personnages, mais, quand ils nous rejoignent, c’est que ces personnages viennent traverser de plain pied notre histoire, sont là tout auprès de nous pour nous guider dans ce que le présent a d’opaque, où on ne sait rien. Et pas sûr que cette main qui nous guide nous apprenne autre chose que l’abîme. Mais si ça suffisait à définir l’étrange suite de textes brefs que Véronique Pittolo a publié jusqu’à aujourd’hui, on la manquerait certainement. Ce territoire où elle campe, elle l’a installé carrément du côté des personnages, des mythes, et c’est depuis eux qu’elle nous convoque nous, et notre petite société, ses peurs, son présent incertain. Ce qui fait une oeuvre, ce n’est pas forcément la réussite isolée, le texte qui tranche : c’est plutôt cette obstination de quelques-uns à rester là, au même endroit, pour leur pioche ou leur sillon. Et ceci dès Héros (Al Dante, 1999), par lequel la plupart d’entre nous ont croisé pour la première fois son écriture (ou voir extrait). Mais c’est aussi Opéra isotherme (ne manquez pas cette lecture de Nathalie Quintane), entre Siegfried, Mélisande et la Callas, et une focalisation sur le féminin, ce qu’elle dit une autre vision du monde. Et Véronique Pittolo renouvelle aujourd’hui son pacte avec
Laurent Cauwet en proposant chez Al Dante, ce printemps 2008,
Hélène mode d’emploi : J’ajoute que, si j’ai sollicité Véronique Pittolo pour un texte sur publie.net, c’est que nous sommes aussi dans un autre partage : depuis 2 ans, à l’institut Gustave-Roussy de Villejuif, elle accomplit un impressionnant travail d’écriture et art plastique avec les enfants hospitalisés. Mais avec eux aussi, cette confrontation des routes, du destin, et des personnages qui nous y aident, ou les symbolise, est central. Qu’on ne se méprenne pas sur La Révolution dans la poche, 1er texte non engagé sur la Révolution française : si c’est Internet qui l’accueille, c’est parce que la teneur politique de tels textes appelle à ce qu’ils soient mobiles (comme les gendarmes du même nom). Texte à faire circuler. A embarquer pour lecture sur vos téléphones, vos ordis de bureau ou planter plein écran, comme si vous aviez oublié de le fermer, sur l’ordi de la salle des profs ou de la bibliothèque. Une partie des travaux de la littérature d’aujourd’hui, pour cogner fort, éprouve le besoin de textes courts qui l’éloigne de la distribution imprimée, et de la diffusion en cartons : et alors ? Voici de quoi les alimenter, les ordis et les téléphones. On pourrait pirater avec ces textes les caméras de surveillance, les messages dans les halls de gare, les publicités sur écran plat au fronton des immeubles : d’ailleurs, on y travaille. Qu’on ne se méprenne pas : ce n’est pas la Révolution française, que Véronique Pittolo ici interroge, mais bien la phrase de Walter Benjamin – pourquoi ne se révoltent-ils pas ? Ou la formulation qu’en donne Véronique Pittolo ci-dessous : Peut-il exister un imaginaire de la contestation aujourd’hui ? Vous verrez : l"interrogation est contemporaine. Le spectacle, la peur, la foule, la révolte, la responsabilité et la décision, et Saint-Just, ou Danton, et des portraits qui surgissent, sculptés en quinze lignes – Marat, Robespierre et les autres... Et il y a a la télévision (comme il y a le théâtre de poche, le titre est déjà mise en spectacle, ou question au spectacle), les radios et journaux, les chômeurs d’aujourd’hui. Merci à Véronique Pittolo de nous confier ce texte (et se souvenir que nous proposons avec plaisir aux lecteurs ayant téléchargé le texte la mise en relation par mail avec l’auteur – et puis qu’il s’agit d’auteurs, et pas VP seulement, qui disent oui lorsqu’on leur propose d’intervenir dans une école d’art, de lire dans une bibliothèque, un musée ou une université, et que notre volonté de diffusion numérique c’est aussi pour un autre rapport de l’auteur à ce qui l’environne, là où est le partage de parole : d’où mon insistance à la présence ici de VP. On trouvera dans la lettre de juin 2008 de la Maison des Ecrivains une intervention où elle retraverse ces questions...). Pourquoi revisiter la Révolution française aujourd’hui ? Comment la fiction, la littérature, peuvent-elles s’autoriser à contourner la chronique et le commentaire historiographique ? Je propose une simulation de la Révolution, en associant détournement, humour et politique. En procédant à une réincarnation aléatoire de personnages historiques, je réactualise la mémoire collective : le regard contemporain se déplace, des grands hommes du passé vers les anonymes d’aujourd’hui (citoyens, électeurs, grévistes), des événements fondateurs aux exigences toujours actuelles (les droits de l’homme, le bien-être individuel et collectif). L’humour consiste à « revoir 89 » avec les expressions du marketing et du capitalisme (briefer, vendre, gagner), à délester le lexique de la communication de sa charge pernicieuse, montrer comment, aujourd’hui, la com. et le marketing sont la politique. Ce tour de passe-passe me permet de dénoncer un monde où le succès, les médias et l’argent justifient tout. Un narrateur multifonction, polyvalent, journaliste, poète, scénographe, consultant, conseil en communication, expose sa vision de l’histoire et de l’actualité, par des allers et retours entre le monde actuel et 1789, interrogeant les notions d’aliénation et d’émancipation, de citoyenneté, dans un processus d’adresse au lecteur, pour tenter de répondre aux questions suivantes : Est-il possible d’inventer une poétique du monde social et politique ? De pointer, par le medium littéraire, les défaillances du système actuel (la raison cynique, l’impuissance face à l’hypercapitalisme) ? La Révolution française est-elle un capital ? Si oui, comment le transformer ? Peut-il exister un imaginaire de la contestation ? VP Véronique Pittolo, bio-bibliographie sur le site CipM, et sur Poezibao. Elle a aussi publié : |
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