Charles Baudelaire | Le Spleen de paris, petits poëmes en prose

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Détails

Auteur : Charles Baudelaire
Publication :10/11/2008
Langue :Français
Pages :153
ISBN :978-2-81450-008-2

Description

Combien de fois, après avoir lu en public le texte suivant, m’a-t-on demandé d’où je le tenais ?

Symptômes de ruine. Bâtiments immenses. Plusieurs, l’un sur l’autre. des appartements, des chambres, des temples, des galeries, des escaliers, des cœcums, des belvédères, des lanternes, des fontaines, des statues. – fissures, Lézardes. humidité promenant d’un réservoir situé près du ciel. – Comment avertir les gens, les nations – ? avertissons à l’oreille les plus intelligents.
Tout en haut, une colonne craque et ses deux extrémités se déplacent. Rien n’a encore croulé. Je ne peux plus retrouver l’issue. Je descends, puis je remonte. Une tour-labyrinthe. Je n’ai jamais pu sortir. J’habite pour toujours un bâtiment qui va crouler, un bâtiment travaillé par une maladie secrète. – Je calcule, en moi-même, pour m’amuser, si une si prodigieuse masse de pierres, des martres, de statues, de murs, qui vont se choquer réciproquement seront très souillés par cette multitude de cervelles, de chairs humaines et d’ossements concassés. – Je vois de si terribles choses en rêve, que je voudrais quelquefois ne plus dormir, si j’étais sûr de n’avoir trop de fatigue.

C’est que Baudelaire lui-même n’a peut-être pas réussi totalement le défi qu’il exprime dans sa préface, et là on a tous ce passage en mémoire :

Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poëtique, musicale sans rhythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?
C’est surtout de la fréquentation des villes énormes, c’est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant.

En fait, dans l’entrelacement des tentatives, les Petits Poëmes en prose ne sont pas un après des Fleurs du Mal, mais comme une étape, où Baudelaire prend des éléments venus de ses traductions de Poe, ou bien Poe poussé à une limite qu’il ne contient pas, s’en sert de greffon pour une narration, et souvent le poème des Fleurs du Mal accomplira ce territoire très précis en l’enchâssant dans ces rythmiques infinies. Et peut-être que c’est Rimbaud, dans ses Illuminations ou Lautréamont, dans ses Chants de Maldoror, qui accompliront la prose de la ville dont rêvait Baudelaire ?

N’empêche qu’ici naît l’écriture de la ville, naît la posture du poète, celui qui va s’embarquer plus de vingt ans dans la construction des minces Fleurs du Mal. Et il lui faut la cruauté, le regard, le rêve, la ville, alors en voilà le chantier.

Texte indispensable. Peut-être qu’à le lire sur Sony Reader on lui découvre d’autres prolongements : on le sort de son contexte, il nous semble parfois traverser un paysage de Balzac, amorcer un récit de Maupassant. C’est Baudelaire ondoyant, parfois même confiant, et toujours ce rire comme un drapeau noir. Travail vers la mort. Il la trouvera au rendez-vous.

FB


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